En septembre 2008, tout le monde craignait que le Président de la République ne tente de modifier de fond en comble les spécificités de notre métier. Le SNJ a choisi crânement de rester dans les débats, malgré le départ en ordre convenu des autres organisations de journalistes. En janvier 2009, Nicolas Sarkozy annonçait des mesures très importantes pour essayer de mettre fin à la crise de la presse, mais l’essentiel était sauvé : notre métier restait sauf. Chronique d’une révolution annoncée. Avortée. Discutée. Et sous très haute surveillance….

Beau défi du Conseil de la Région Parisienne d’avoir convié trois intervenants ayant participé aux Etats généraux. Eric Marquis et Olivier Da Lage, journalistes et membres du SNJ, ainsi que Jean-Marie Charon, sociologue et chercheur au CNRS, ont pris la parole sur le thème quelque peu austère : « Après les Etats-Généraux…. ».

Devant une salle attentive et désireuse d’en savoir plus sur les coulisses de cet événement majeur concernant la presse, et des discussions menées par les protagonistes sous l’œil attentif de l’Elysée, Eric Marquis a ouvert le débat. Sa présentation était structurée par trois idées principales : « on a évité le pire », « les aspects retenus en accord avec les préconisations du SNJ » et « les absences regrettables ».

Ainsi, dans la première partie, Eric Marquis a souligné que si la clause de cession a été violemment attaquée par certaines organisations patronales, le statu quo dans ce domaine doit être considéré comme une victoire puisque ce droit est conservé aux journalistes. Quant à la décision de promouvoir la formation avec une priorité donnée à la formation continue, c’est l’aboutissement heureux d’une réflexion déjà ancienne du SNJ. Plusieurs regrets toutefois, notamment qu’un débat sur l’amélioration du contenu n’ait pas eu lieu.

« Ni analyse, ni réflexion sur le contenu… »

Volontiers plus critique qu’Eric Marquis, le sociologue Jean-Marie Charon a remis en cause la méthode suivie : un public de participants « pas assez représentatif » en raison d’une participation patronale trop importante selon lui, et parmi les journalistes invités, « davantage de rédacteurs en chef que de journalistes de base ».

Autres motifs de sa déception, « pas d’homogénéisation de la réflexion, ni analyse, ni réflexion sur le contenu, aucune prospective ». Et de revenir plusieurs fois, avec consternation, sur son sentiment : « les lignes ont très peu bougé ! » Avant de s’interroger sur la suite qui sera donnée à cette rencontre : « Qui est en charge de l’avancement de ces Etats-Généraux ? Le Livre Vert ? Le discours du Président de la République ? Autre chose ?… »

« Des intérêts opposés ont été en présence… »

Prenant à son tour la parole pour expliquer les discussions autour des droits d’auteur, Olivier Da Lage a nuancé la présentation faite par Jean-Marie Charon. En effet, s’il n’a pas disconvenu que « des intérêts opposés ont été en présence » au cours des réunions qui ont mobilisé beaucoup d’énergie chez les représentants du SNJ – restés seuls face aux organisations patronales lors des dernières réunions, puisque les autres syndicats de journalistes ont choisi de quitter les Etats-Généraux – il a retourné la question à Jean-Marie Charon : « pour autant, est-ce que les lignes n’ont pas bougé ? »

Puis il a souligné l’enjeu que constituent les droits d’auteur au sein de notre profession, les nombreuses et incessantes attaques des opposants à cette spécificité, donc le risque de les voir disparaître au cours des Etats Généraux et, finalement, le compromis trouvé entre partenaires sociaux… et une loi actuellement discutée.

En conclusion, si bien évidemment les intervenants ont regretté que « la question du journalisme » ait été l’une des grandes absentes des Etats-Généraux, le SNJ peut se réjouir d’avoir sauvé l’essentiel et même permis quelques avancées (sur la formation, l’intégration d’une charte de déontologie dans la convention collective, le statut d’éditeur en ligne …) qui pourraient se révéler fort utiles à l’avenir. A la double condition que notre statut ne subisse pas d’autres attaques, cette fois de la part des parlementaires. Il nous faut donc rester particulièrement vigilants sur ce terrain. Et que nous ne nous dispensions pas de mener la réflexion oubliée lors de ces Etats-Généraux : l’évolution de notre métier et la qualité du contenu.