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2010 s’annonce comme une année noire pour la photo de presse. En effet, les photojournalistes sont victimes conjointement de la pression du marché, du non-respect du droit d’auteur et de la concurrence déloyale des banques d’images, les détestables Microstocks.

On ne compte plus les photographes qui se voient réclamer (par des collègues journalistes …) des notes de droits d’auteur ou même des factures (!) à l’issue de leur travail, cela au mépris de la convention collective. Ne parlons même pas des contrats léonins, aux termes desquels on impose aux photographes d’abandonner tous leurs droits, dans l’illégalité la plus totale. S’exemptant de toute responsabilité au motif qu’ils ne seraient que de simples courroies de transmissions des exigences des éditeurs, de nombreux responsables de rédaction se prêtent à un jeu dangereux. L’utilisation abusive de la mention DR (Droits réservés) devient systématique, même quand l’auteur est parfaitement identifié.

Des images à vil prix

Dans le pire des cas, les magazines prétextant une absence de budget photo (à quand l’absence de budget texte ?) achètent des images à vil prix dans des microstocks à 1 euro. L’adresse de ces banques d’images n’est pas clairement identifiée et les auteurs des photos ne payent aucune charges sociales ? Peu importe ! On ne compte plus les médias, qui font la promotion de ces banques d’images à la limite de la légalité. Ceci dans le cadre de reportages de complaisance sur des « revenus complémentaires » hypothétiques générés par la vente de photos d’amateurs (le magazine « Courrier Cadres » vient d’en faire l’illustration en publiant un dossier intitulé « Boostez vos revenus » en vendant vos photos).

Un désert d’indifférence

En réalité, les microstocks n’enrichissent que leurs propriétaires. Ils font surtout travailler les photographes professionnels d’Europe de l’Est qui produisent à la chaîne des images d’illustration avec des modèles payés à des tarifs dérisoires. Les photojournalistes victimes de la baisse de leurs revenus et de la concurrence déloyale, ne pourront bientôt plus prétendre à la qualité de journaliste. Ils en subiront les conséquences (problèmes avec les autorités en particulier). Paradoxalement, il n’y a jamais eu autant de reportages photographiques de grande qualité sur le marché.
Dans un désert d’indifférence, les photographes désorientés se tournent désormais vers de nouveaux modes de diffusion de leur travail qui ne reposent que sur l’autofinancement, des bourses ou des subventions. À ce rythme, la presse qui joue les Cassandre en annonçant chaque année la mort du photojournalisme (*) pourra bientôt jeter la dernière pelletée de terre sur son cercueil.

F.V.

(*) En général, c’est juste avant VISA, le Festival International du Photojournalisme de Perpignan qui attire pourtant 250 000 visiteurs chaque année.