6a00d83451656b69e2013487db9170970c Les errements du groupe Sipa-Ouest France vont-ils mener Voiles et Voiliers au naufrage? Les journalistes de Voiles et Voiliers, magazine mensuel du groupe Sipa-Ouest France, sont  particulièrement inquiets pour leur avenir et celui du titre, leader de la presse nautique spécialisée.

Les salariés sont confrontés à un plan de licenciement et de restructuration, qui se traduirait par quinze suppressions d’emplois, sur un effectif de vingt-neuf personnes. Ceux dont l’emploi n’est pas supprimé d’office doivent déménager de Paris, où le journal a été créé et où il a toujours vécu, pour rejoindre Rennes, où Voiles et Voiliers constituerait un « Pôle mer » avec les journaux édités par la société Infomer (dont notamment Le Marin, hebdomadaire économique destiné aux professionnels de la mer).

Contraintes sociales

Précisons que les bénéfices de ce déménagement n’ont jamais été démontrés, ni seulement expliqués. Les conditions dans lesquels Voiles et Voiliers pourrait continuer à être réalisé après une amputation de la moitié de ses effectifs n’ont jamais été définies.

A trois mois de la date prévue pour ce déménagement et pour ces licenciements, il n’existe pas le moindre scénario d’organisation ou de fonctionnement futurs. Depuis plus d’un an que les perspectives de ce déménagement se précisent, ceux qui ont décidé et planifié cette mesure ont rejeté toute discussion avec la rédaction et avec ses responsables sur ce que pourrait être le Voiles et Voiliers de demain.

Pas de projet éditorial

Le changement de vie qu’un tel déménagement implique, avec tout ce que cela suppose comme contraintes sociales, familiales et financières pour chacun des salariés, est présenté comme un préalable d’où découlerait naturellement le redressement du titre. Il n’y a derrière ce transfert ni projet d’entreprise, ni projet éditorial.
On assène seulement aux salariés la nécessité de « synergies » avec d’autres journaux du groupe, qui ne sont ni de nature comparable, ni de même périodicité, qui ne relèvent ni des mêmes codes journalistiques ni du même type de presse, au nom d’une conviction selon laquelle « le groupe Sipa est le plus marin des groupes de presse ». Et jamais ces synergies n’ont été concrètement définies.

Externalisation

Dans la foulée, il a été décidé d’amputer la rédaction de Voiles et Voiliers de ses rédacteurs graphistes, pour externaliser la maquette du magazine, au mépris total de la réalité d’un mensuel de ce type, et du rôle des maquettistes au cœur de l’équipe éditoriale.
Où en serait arrivé Voiles et Voiliers pour mériter un tel traitement ? Leader sur son secteur, le magazine affiche une diffusion payée de 47 000 exemplaires. Il n’échappe pas à la crise, mais la baisse de ses ventes en kiosque est moindre que celle de beaucoup d’autres journaux. Une part remarquable de ses lecteurs sont des abonnés, dont la fidélité est exemplaire, avec des taux de renouvellement jamais vus ces dernières années. Voiles et Voiliers édite par ailleurs plusieurs collections de Hors séries et d’ouvrages pédagogiques, dont la rentabilité est avérée.

Erreurs de gestion

Les pertes n’en sont pas moins considérables. L’érosion lente des ventes, la crise du marché publicitaire, des investissements très lourds dans le numérique, pour des recettes quasi-inexistantes, une importante compression de personnel dans le service des Hors séries, avec à la clé une baisse significative de chiffre d’affaires, expliquent ces résultats négatifs. Certes le contexte économique est difficile pour la presse, mais les causes objectives sont aggravées par les erreurs de gestion et l’absence de vision de l’avenir .