obsL’Obs, racheté en 2014 par le trio « BNP » (Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse), propriétaires du Monde, vit une période de grande tourmente. La direction a présenté un PSE aux élus (CE, DS et CHSCT) le 8 septembre : 40 postes (dans le périmètre rédactionnel) devraient être supprimés.

Rappelons que 50 journalistes sont partis avec la clause de cession. La direction veut ainsi faire une économie de 3,6 millions sur la masse salariale. Elle argumente ses positions dans une note adressée aux salariés : « Force est de constater que la situation économique de notre journal, comme malheureusement celle de nombreux autres “news magazines” en France et à l’international, n’est plus viable sans une large remise à plat de toute notre organisation ».
La perte envisagée en 2016 serait de 3 millions, après 2,5 millions en 2015. En cause, le déclin de la diffusion mais surtout une baisse de revenus publicitaires de L’Obs beaucoup plus lourde que prévue, qui interroge les élus alors que les services pub ont été mutualisés avec ceux du Monde il y a quelques mois.

L’intitulé de l’ordre du jour d’un CE extraordinaire le 29 juin, « Prochaines étapes de la réorganisation de la rédaction », n’avait pas laissé présager les annonces qui y ont été faites. Matthieu Aron venait d’arriver la veille comme directeur adjoint de la rédaction, on s’attendait à des changements d’organigramme, et en rien à une annonce de réduction de la masse salariale « en privilégiant les départs volontaires ».

Aujourd’hui, ce plan serait en fait en deux phases : Plan de départs volontaires (PDV), suivi « si nécessaire » de licenciements économiques contraints, et réaménagement du temps de travail (suppression de 9 jours de RTT voulue par la direction).

L’Obs a vécu un printemps à l’ambiance électrique : incompréhension de l’ensemble du personnel face au licenciement brutal de Aude Lancelin, directrice adjointe de la rédaction ; motion de défiance vis-à-vis de la stratégie de Matthieu Croissandeau, directeur de la rédaction, votée à 80 % le 12 mai ; grève d’une journée au site internet et débrayages par deux fois des salariés du magazine ; disparition de O, et en début d’année arrêt de la vente de TéléObs avec L’Obs en kiosques (réservé aux seuls abonnés), sans parler du démantèlement de Rue 89

La rédaction estime qu’elle continue à payer les erreurs stratégiques accumulées depuis deux ans, que les élus et syndicats (CFDT, CGT, et SNJ) dénoncent fermement : projets abandonnés au bout de quelques mois ou qui ne voient pas le jour, absence d’orientation claire… En mai, le CE avait voté une motion : « Face aux choix stratégiques de long terme, la direction paraît tétanisée, tandis que, dans sa gestion à court terme, elle prend au contraire des décisions précipitées, brutales et déstabilisantes pour les équipes ».

La réunion 1 du PSE, qui enclenche l’information-consultation du CE et du CHSCT, devrait avoir lieu début octobre, suivie dans les 48 heures du début des négociations avec les DS.

Entre temps, les représentants du personnel épluchent les documents avec leurs experts dont les mandats ont été votés : le cabinet Sécafi qui accompagne déjà le CE pour le rapport annuel des comptes (expert comptable, expert juridique, expert CHSCT), deux avocats, et un expert libre (SNJ).

D’ores et déjà, les DS ont fait savoir qu’ils voulaient un accord de méthode dans lequel ils réclament une durée plus longue que la durée légale de deux mois pour ces négos qui incluent un plan de réaménagement du temps de travail. La confrontation a démarré.

La section SNJ de L’Obs