En septembre 2016, la direction de « l’Obs », qui avait annoncé avant l’été un plan de départs, a en fait révélé un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) avec 41 départs attendus, volontaires puis contraints si nécessité. Marie-Hélène, militante au SNJ depuis 1986, a été une des chevilles ouvrières des négociations.

Dès la présentation du PSE, quels sont les points que tu as eus à négocier ?

Marie-Hélène Clavel-Catteau : La direction a décidé que ce PSE n’impactait que le périmètre rédactionnel (journalistes et assistantes de rédaction). Avec la description d’une nouvelle organisation de la rédaction, il s’articulait autour d’une quasi-désignation des salariés à licencier : 80 catégories professionnelles étaient définies, dont plus de 20 monopostes. Pour bien comprendre : si le poste X dans la nouvelle organisation n’existait plus, on lisait qui allait partir ! Et, de plus, la direction s’arrogeait un droit de veto pour refuser le départ volontaire d’ « une plume » ! Nous avons fait une AG, la première d’une longue série, pour expliquer que la direction ciblait ainsi ceux qui allaient partir, ou non. Nous devions réduire ces catégories pro, arriver à regrouper les journalistes en « rédacteurs print », « rédacteurs web », lever ce véto… Nous avons dû en passer par la menace d’une grève pour casser le plan originel, illicite, et partir sur d’autres bases.

Comment as-tu négocié ce plan, quelle en a été sa « philosophie » ?

M-H C-C : Le mot d’ordre a toujours été : « Pas de départs contraints ». Il a fallu discuter âprement les indemnités, la durée du congé de reclassement, les montants pour les formations, la mutualisation de ces fonds… En espérant que cela soit assez incitatif pour que certains salariés envisagent une reconversion, une formation ou un départ à la retraite. Il a fallu aussi rédiger les conditions de reclassements internes pour remplacer les partants surnuméraires dans certains services. Au final, avec l’aide de Luc Bérard de Malavas, notre expert juridique consultant chez SECAFI, nous avons construit des modes de calcul complexe pour les primes et les indemnités de départ, avec des montants plafond, plancher, pour permettre aux plus bas salaires d’avoir un minimum acceptable. Les ratios indemnités/mois d’ancienneté se sont au final échelonnés de 3,6 (jeunes embauchés à petits salaires) à 1,1 (anciens et hauts salaires). La DS que je suis a toujours voulu garder une vision d’ensemble d’équité.

Quels conseils peux-tu donner aux délégués syndicaux SNJ confrontés comme toi à un PSE ?

M-H C-C : Bien choisir ses experts, et bosser pour présenter des propositions et argumenter. Ce furent onze semaines de délégation quasi totales, face à une direction opiniâtre. Il faut être pugnace et avoir la volonté de faire face à des interlocuteurs forts de leur pouvoir. On a le nez dans le guidon. Les salariés, eux, sont dans l’angoisse et souvent en décalage avec les réalités des négociations qui avancent vite. Il faut être prêt à se confronter également aux collègues, qui pensent légitimement à leur sort, et oublient parfois l’intérêt collectif.