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Vers une mise à mort de L’Expansion ?
Le 27 mai, les élus SNJ ont relayé au CE du Groupe Express-Roularta les inquiétudes de la rédaction de L’Expansion, qui avait voté le 18 mai en assemblée générale une motion de défiance à l’égard de sa direction, mettant en cause le manque d’implication de la direction de la rédaction, l’absence de ligne éditoriale, de perspectives et la baisse des effectifs (voir Groupe Express Roularta : motion de défiance à l’égard de la direction de L’Expansion).
Exsangue après de multiples suppressions d’emplois, la rédaction avait ainsi exprimé son « inquiétude » et son « ras-le-bol », expliquait au CE le délégué syndical SNJ.
Au lieu de répondre à ces préoccupations et d’assumer ses responsabilités, la direction brossait alors lors de ce CE un tableau catastrophique des résultats économiques de L’Expansion, ne cachant pas que l’avenir du titre était en cause. Le CE décidait alors de déclencher la procédure de « droit d’alerte ». Lire la suite…
Condamnée pour fraude, la société Studio-Press (Roularta) devra réintégrer dix journalistes
Par dix arrêts du 24 mai 2011, la Cour d’appel de Paris a ordonné à la société Studio-Press, filiale 100 % du groupe Roularta, de réintégrer dix de ses journalistes. La Cour d’appel de Paris a jugé que leur contrat de travail a été frauduleusement transmis à la société Pop-Média au cours de l’année 2004 lors d’une mise en location-gérance du magazine Radikal. Studio-Press doit leur payer un rappel de salaire sur 5 ans (environ 1,5 million d’euros pour les dix) et est également condamnée à les réintégrer sous une astreinte de 500 euros par jour et par personne à partir du 1erjuillet 2011. Lire la suite…
Groupe Express : la bataille des RTT
A Groupe Express-Roularta (GER), un nouvel accord RTT est en passe d’être signé par la CFDT et la CGT avec la direction. Pour la plupart des salariés (ceux qui avaient 28 jours de congés payés), le nombre de jours de RTT passe de 22 à 16 jours (avec des modalités plus contraignantes), mais ils obtiennent 2 jours de congés payés supplémentaires et une compensation financière.
Le SNJ, SUD (issu de la CGT à l’occasion de ce conflit) et FO, militaient évidemment contre toute diminution du nombre de jours. Mais la direction a, comme souvent à GER, trouvé une oreille attentive à la CFDT et à la CGT.
Plan de suppression d’emplois
En septembre 2008, quand la direction annonce son intention de dénoncer l’accord RTT, les AG, pétitions et arrêts de travail des salariés avec leurs organisations syndicales (à l’époque, CFDT, CGT et SNJ) la conduisent à un repli tactique : négocions, dit-elle.
Mais, très vite, l’unité syndicale vole en éclat : la CFDT et la CGT cèdent d’entrée de jeu sur le nombre de jours. En décembre 2008, la direction profite de la démobilisation pour pousser son avantage, dévoilant ses véritables intentions : elle dénonce l’accord RTT et lance un plan de suppression d’emplois (PSE), qui se traduira par le départ d’un dixième des effectifs (Le Journaliste n°291-292 et n°295).
Ce qui n’empêchera pas Rik de Nolf, patron de l’actionnaire Roularta, de déplorer « la difficulté de licencier des gens dans un pays où presque chacun est syndiqué et où l’on peut déclencher des grèves à la moindre inquiétude » (Le Monde, 24 mars 2009).
Divergences syndicales
Une fois dénoncé, l’accord court encore pendant 15 mois, et rien ne se passe pendant toute l’année 2009. Ou presque : la direction propose aux salariés de monétiser une partie du compte épargne-temps.
Puis l’absorption du Groupe Etudiant domine l’actualité de GER au début de l’année 2010. Mais, alors que les élections DP-CE à GER doivent se tenir en avril, la CFDT-CGT et la direction signent la prorogation de l’accord RTT. Comme si l’on redoutait que les électeurs se saisissent de ce débat sensible et tranchent dans les urnes sur les divergences syndicales… Les militants CGT de l’ex-Groupe Etudiant, en désaccord avec la CGT de Groupe Express Roularta (GER), s’en iront fonder une section SUD-Médias en septembre 2010, tandis que le délégué syndical de GER sera désavoué par le SNJ-CGT et sera accueilli par Info’Com CGT (structure créée en 2006 par le Livre CGT).
Le SNJ sort des élections d’avril 2010 largement renforcé, faisant jeu égal dans le collège journalistes avec l’alliance CFDT-CGT (Le Journaliste n°297). Il commence ce nouveau mandat en attaquant en justice la dénonciation de l’accord RTT, au motif que la direction n’a pas consulté le CE avant mais après la dénonciation. Malheureusement le SNJ sera débouté.
Opposition résolue
La tension monte à partir de la fin juin quand les négociations RTT s’ouvrent à nouveau. Alors que la direction réitère son objectif de ramener le nombre de jours de 22 à 13 (avec 2 jours de congés supplémentaires), la CFDT-CGT propose 16 jours de RTT, 4 jours de congés en plus et 1 % d’augmentation des salaires. Le SNJ redit son opposition résolue à toute diminution du nombre de jours de RTT ainsi que du nombre de jours de congés+RTT.
A l’appel du SNJ, de FO et de SUD, les salariés se mobilisent (AG, référendum, rassemblement pendant la négo…) pour (re)créer un rapport de force qui seul peut préserver les RTT. Mi-octobre, la tension est à son comble. Les salariés sont exaspérés. En pleine réunion de négo, un représentant CFDT manque de céder à la violence contre des représentants SNJ. Deux jours plus tard, la direction sort de son chapeau une proposition manifestement très travaillée, que la CFDT-CGT approuve séance tenante…
La direction a cédé du terrain, surtout en termes de compensations financières (heures supplémentaires, donc majorées de 25 %), ce qui ne laisse pas indifférent le personnel alors que les négociations salariales (NAO) n’ont rien donné depuis trois ans. Le 16 novembre, lors d’un référendum organisé par la CFDT et la CGT, près de 60 % des salariés approuvent le projet direction-CFDT-CGT.
Pour la section SNJ, cette bataille a montré qu’on ne peut rien obtenir si l’on ne s’appuie pas sur les salariés. Sans leur mobilisation, la direction n’aurait pas fait des concessions aussi importantes, aussi bien en ce qui concerne le nombre de jours que l’aspect financier. Et si toutes les organisations syndicales avaient été unies pour refuser les reculs, les salariés auraient pu préserver l’intégralité des RTT et sortir victorieux de ce conflit.